Vous avez déjà observé un criquet grignoter une feuille dans votre jardin, mais savez-vous précisément ce qu’il choisit de manger et ce qu’il laisse de côté ? Le criquet ne dévore pas n’importe quelle plante au hasard. Ses préférences alimentaires dépendent de l’espèce, de son environnement et de la texture des végétaux disponibles. Comprendre son régime permet de mieux protéger un potager ou simplement de analyser un comportement fascinant.
Pièces buccales du criquet : un outillage taillé pour broyer les feuilles
Avant de parler du menu, il faut regarder la bouche. Le criquet possède un appareil buccal de type broyeur, très différent de la trompe d’un papillon ou du rostre piqueur d’un puceron. Deux mandibules puissantes, placées de chaque côté, fonctionnent comme des cisailles. Elles découpent la matière végétale en petits morceaux.
Les palpes labiaux et maxillaires, situés autour de la bouche, jouent un rôle de capteurs. Ils palpent la surface de la feuille avant que le criquet ne commence à mordre. Ce contact préalable lui permet de détecter des substances chimiques présentes dans le végétal et d’accepter ou de rejeter la plante.
Le criquet maintient la feuille sur la tranche, tout près de sa bouche, à l’aide de ses palpes et de ses pattes antérieures. Il progresse ensuite le long du bord, laissant derrière lui des échancrures caractéristiques en forme de demi-cercle. Si vous trouvez des feuilles avec ce type de découpe nette dans votre jardin, un criquet est probablement passé par là.

Alimentation du criquet : un herbivore aux goûts variables selon l’espèce
Le criquet est phytophage, c’est-à-dire qu’il se nourrit exclusivement de végétaux. Feuilles, fleurs, tiges tendres, graines : le spectre est large. Certaines espèces acceptent un très grand nombre de plantes différentes. On les qualifie d’euryphages.
D’autres espèces, au contraire, ne consomment qu’un nombre réduit de végétaux. On parle alors d’espèces sténophages. Le criquet du désert (Schistocerca gregaria), par exemple, est plutôt euryphage et capable de dévaster des cultures entières lorsqu’il forme des essaims migrateurs. Une espèce comme Poekilocerus hieroglyphicus, elle, effectue tout son développement sur une seule plante-hôte.
Comment le criquet choisit-il sa nourriture ?
La quête alimentaire commence par le déplacement. Le criquet marche, saute ou vole jusqu’à rencontrer un végétal. La probabilité de trouver de la nourriture dépend du volume relatif de la plante par rapport à l’insecte et de la densité de la végétation environnante.
Une fois au contact d’une feuille, le criquet la palpe avec ses antennes courtes et ses palpes buccaux. Il détecte alors des molécules qui l’attirent ou le repoussent. Ce processus de sélection explique pourquoi, dans un même jardin, certaines plantes sont dévorées et d’autres restées intactes.
Plantes favorites du criquet au potager : celles qu’il cible en priorité
Des observations de terrain menées dans des potagers irrigués montrent que les criquets ciblent très préférentiellement certaines cultures. Voici les plantes les plus attractives :
- Laitue : feuilles tendres, peu de défenses chimiques, très appréciée dès les premiers stades larvaires
- Carottes : le feuillage fin et découpé attire particulièrement les criquets, qui peuvent provoquer une défoliation quasi totale
- Haricots : feuilles larges et accessibles, souvent parmi les premières cultures touchées
- Maïs doux : les jeunes feuilles sont consommées rapidement en cas de forte population
- Oignons : même le feuillage tubulaire n’échappe pas à leur appétit lorsque la pression est forte
Au-delà du potager, les criquets consomment aussi des graminées sauvages, ce qui en fait des hôtes très fréquents des prairies et des bords de chemin en été.

Plantes épargnées par le criquet : les végétaux qu’il évite
Tous les végétaux ne plaisent pas au criquet. Certaines plantes produisent des substances qui les rendent peu appétissantes, voire toxiques pour l’insecte. Connaître ces végétaux permet d’organiser un potager plus résilient.
Les observations récentes signalent que les courges et cucurbitacées sont nettement moins attaquées que la laitue ou les haricots dans les mêmes conditions. Les pois semblent également moins ciblés. Le feuillage de tomates, riche en alcaloïdes, est souvent partiellement évité.
Cette différence de comportement ouvre une piste concrète : associer des plantes répulsives ou peu attractives autour des cultures les plus vulnérables. Planter des courges ou des tomates en bordure de vos rangs de laitue peut réduire la pression exercée par les criquets, sans aucun traitement chimique.
Reconnaître les dégâts du criquet sur vos plantes
Les traces laissées par un criquet sont assez faciles à identifier. Contrairement aux limaces qui laissent des trous irréguliers au centre des feuilles, le criquet découpe le bord de la feuille en créant des encoches arrondies. Il mange depuis la périphérie vers le centre.
Sur les graminées, les dégâts prennent la forme de bandes longitudinales rongées. Sur les jeunes pousses de haricot ou de maïs, la feuille peut être entièrement consommée, ne laissant que la nervure centrale. En cas de forte population, la défoliation est rapide et visible en quelques jours seulement.
Différences alimentaires entre criquet, sauterelle et grillon
La confusion est fréquente. Criquets, sauterelles et grillons appartiennent tous à l’ordre des orthoptères, mais leurs régimes alimentaires diffèrent sensiblement.
- Le criquet est strictement herbivore : il ne mange que des végétaux, jamais d’autres insectes
- La sauterelle est souvent omnivore : elle consomme des plantes mais aussi de petits invertébrés, des pucerons par exemple
- Le grillon est lui aussi omnivore, avec une alimentation qui inclut des débris organiques et parfois des insectes morts
Pour les distinguer visuellement, un repère simple : le criquet porte des antennes courtes, orientées vers l’avant. La sauterelle possède des antennes longues et fines, souvent plus longues que son corps. Cette différence morphologique reflète directement leur mode de vie alimentaire. Le criquet, herbivore diurne, repère sa nourriture principalement par la vue et le contact buccal. La sauterelle, active la nuit, utilise ses longues antennes pour détecter des proies dans l’obscurité.
Protéger un potager des criquets passe d’abord par le choix des associations de plantes. Placer les cultures les plus attractives au centre, entourées de cucurbitacées ou de tomates, limite naturellement les dégâts sans recourir à des interventions lourdes. Observer les encoches sur le bord des feuilles reste le moyen le plus fiable de confirmer leur présence avant d’agir.

