La bouillie bordelaise est un mélange de sulfate de cuivre et de chaux éteinte, utilisé comme fongicide depuis la fin du XIXe siècle. Son principe actif, le cuivre sous forme ionique, empêche la germination des spores de champignons parasites.
Ce produit reste aujourd’hui le traitement le plus vendu en jardinerie pour lutter contre le mildiou des tomates, la tavelure des pommiers ou la cloque du pêcher. La question de son interdiction ne porte pas sur la bouillie bordelaise en tant que recette, mais sur la substance cuivre elle-même et les doses que la réglementation autorise.
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Cuivre et bouillie bordelaise : pourquoi la réglementation vise la substance, pas le produit
Les jardineries continuent de vendre de la bouillie bordelaise en sachets, ce qui donne l’impression que rien n’a changé. Le cadre réglementaire, lui, a bougé à plusieurs reprises ces dernières années.
L’Union européenne a réduit les doses de cuivre autorisées en agriculture, avec un plafond lissé sur plusieurs années. Cette limitation concerne tous les produits à base de cuivre, pas uniquement la bouillie bordelaise. L’hydroxyde de cuivre, l’oxychlorure de cuivre et le sulfate de cuivre tribasique sont soumis aux mêmes contraintes.
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Le point que les emballages en jardinerie n’expliquent pas : le cuivre est classé comme substance à risque d’accumulation dans les sols. Contrairement à un fongicide organique qui se dégrade, le cuivre est un métal. Il reste dans la terre, couche après couche, saison après saison. C’est cette persistance qui motive le durcissement réglementaire au niveau européen.

Retraits de produits cupriques par l’Anses en 2025 : ce qui a réellement changé
En France, l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire) a pris des décisions concrètes qui dépassent le simple encadrement des doses. À l’été 2025, l’Anses a retiré 17 produits à base de cuivre et refusé le renouvellement de 8 homologations en viticulture. Seuls 2 produits cupriques sont restés autorisés, avec des consignes renforcées.
Ces retraits concernent principalement les usages professionnels en viticulture. Les sachets vendus aux jardiniers amateurs dans les grandes surfaces de bricolage ne sont pas les mêmes homologations. La bouillie bordelaise pour usage amateur reste disponible à l’achat, mais le signal réglementaire est clair : la tendance va vers une réduction progressive, pas vers un maintien du statu quo.
La justice a confirmé la légitimité de l’Anses
Un fabricant espagnol a contesté devant la justice administrative française le refus de réautorisation d’un produit cuprique. Le recours a été rejeté. Cette décision renforce la position de l’Anses et crée un précédent : les décisions de retrait de produits cupriques tiennent devant les tribunaux.
Accumulation du cuivre dans le sol du potager : le risque que personne ne dose
Un jardinier amateur qui traite ses tomates à la bouillie bordelaise chaque été depuis dix ou quinze ans a déposé une quantité significative de cuivre dans son sol. Le problème n’est pas la toxicité immédiate pour les plantes (le cuivre à faible dose est même un oligo-élément), mais l’effet cumulatif sur la vie biologique du sol.
Le cuivre en excès perturbe les vers de terre, les champignons mycorhiziens et les bactéries qui décomposent la matière organique. Un sol saturé en cuivre perd progressivement sa fertilité naturelle, ce qui pousse paradoxalement à utiliser davantage d’intrants pour compenser.
- Le cuivre ne se dégrade pas biologiquement : chaque application s’additionne aux précédentes dans les premiers centimètres du sol
- Les analyses de métaux lourds au potager sont accessibles aux particuliers, mais rarement proposées en jardinerie au moment de la vente
- Les sols acides retiennent davantage le cuivre sous forme biodisponible, ce qui aggrave l’impact sur la faune du sol
La plupart des jardineries vendent la bouillie bordelaise comme un produit « naturel » compatible avec le jardinage biologique. Cette présentation est techniquement correcte (le cuivre est autorisé en agriculture biologique), mais elle omet la question de l’accumulation à long terme.
Alternatives à la bouillie bordelaise au potager : ce qui fonctionne réellement contre le mildiou
Le scénario d’une interdiction totale de la bouillie bordelaise reste théorique à ce stade. La réduction des doses autorisées est en revanche bien engagée. Anticiper cette transition a du sens, y compris pour un jardinier amateur.
Remplacer la bouillie bordelaise ne signifie pas trouver un produit unique qui fait la même chose. L’approche repose sur une combinaison de pratiques culturales et de traitements alternatifs.
- Le bicarbonate de soude (ou de potassium) pulvérisé en solution modifie le pH de surface des feuilles et limite le développement des spores fongiques, avec une efficacité partielle sur le mildiou
- La décoction de prêle, riche en silice, renforce la paroi cellulaire des plantes et réduit leur sensibilité aux champignons
- Le choix de variétés résistantes au mildiou (tomates de type « Ferline », « Fantasio » ou « Crimson Crush ») réduit drastiquement le besoin de traitement fongicide
- L’espacement des plants, la taille des gourmands et l’aération du feuillage limitent l’humidité stagnante qui favorise la germination des spores
Aucune de ces alternatives ne remplace totalement l’efficacité du cuivre sur un mildiou déclaré. La stratégie consiste à combiner prévention variétale, gestion de l’humidité et traitements doux pour réduire la dépendance au cuivre plutôt que de chercher un substitut miracle.

Bouillie bordelaise en agriculture biologique : une contradiction de plus en plus visible
Le cuivre occupe une place singulière en agriculture biologique. C’est l’un des rares fongicides minéraux autorisés par les cahiers des charges bio européens. Pour les viticulteurs bio, il représente souvent le seul levier efficace contre le mildiou de la vigne.
Cette dépendance crée une tension réglementaire. Le cuivre en bio est désormais traité comme une solution sous surveillance, pas comme un intrant anodin. Les organismes de certification surveillent les quantités utilisées, et les plafonds autorisés se resserrent.
Pour le jardinier amateur, la leçon est la même : un produit autorisé en bio n’est pas automatiquement sans conséquence pour le sol. L’étiquette « utilisable en agriculture biologique » sur un sachet de bouillie bordelaise indique une conformité réglementaire, pas une innocuité environnementale.
La trajectoire réglementaire européenne pointe vers des restrictions croissantes sur le cuivre dans les prochaines années. Adapter ses pratiques au potager dès maintenant, en diversifiant les approches de lutte contre les maladies fongiques, permet d’éviter de se retrouver démuni le jour où les doses autorisées ne suffiront plus à traiter efficacement.

